Depuis 10 ans, l’image de la femme dans le surf a pris (enfin) une place significative, et pas uniquement comme « beach babe ». Elle peut être radicale, indépendante, libre, surfeuse pro ou amatrice. De nombreux mouvements et associations ont vu le jour pour accompagner les femmes dans leur pratique et le résultat est plus que probant lorsqu’on voit le nombre de pratiquantes aux line-ups. Et dans beaucoup de sports, la maternité n’est plus un frein à une passion ou à une carrière. De plus en plus, les surfeuses mettent en avant leur « nouvelle » vie en tant que maman et passionnée. Et montrent également les contraintes et parfois la frustration. Mais les enfants, ça grandit!
« Vu que Dieu ne pouvait pas être partout, il créa les mères. » Rudyard Kipling.

Après des années à porter leur famille, à veiller aux besoins des enfants, à jongler entre obligations, émotions et responsabilités, de plus en plus de mamans redécouvrent — ou revendiquent enfin — l’importance de prendre du temps pour elles. Longtemps perçu comme un luxe, ce moment de respiration devient aujourd’hui une nécessité, presque un acte de survie émotionnelle.
Et la psychologie leur donne raison.
De nombreuses recherches sur la charge mentale montrent que les mères restent majoritairement responsables de l’organisation invisible du foyer. La sociologue Monique Haicault a notamment mis en évidence la charge mentale domestique, ce travail invisible d’organisation et d’anticipation qui touche encore majoritairement les femmes, et qui peut mener à un épuisement psychologique si aucun espace de récupération n’est trouvé. Autrement dit : quand les obligations dépassent durablement le temps de récupération, le corps et le mental finissent par saturer.
Prendre du temps pour soi n’est donc pas égoïste. C’est régulateur.
En parallèle, les recherches en psychologie positive, notamment celles de Barbara Fredrickson, démontrent que les émotions positives; comme celles ressenties pendant une session de surf; élargissent nos capacités cognitives et renforcent notre résilience. Elle explique que ces moments de joie ou de liberté permettent littéralement de reconstruire des ressources psychologiques durables.
Le sport, en particulier, joue un rôle puissant. De nombreuses études en neurosciences montrent qu’une activité physique régulière diminue le cortisol (hormone du stress) et augmente les endorphines et la sérotonine, améliorant l’humeur et la régulation émotionnelle. Dans le cas du surf, l’immersion en milieu naturel ajoute un effet supplémentaire : les recherches sur les “blue spaces” (espaces aquatiques) montrent que la proximité de l’eau favorise l’apaisement du système nerveux et la diminution de l’anxiété.
Ce que l’on observe aujourd’hui sur les réseaux sociaux n’est donc pas une simple tendance. C’est un rééquilibrage psychologique et social. Et ce mouvement n’est pas anodin : on le voit émerger partout dans la société, dans les conversations du quotidien, mais aussi fortement sur les réseaux sociaux. À travers des témoignages sincères, des contenus dédiés au bien-être, au sport, au surf, aux loisirs créatifs ou simplement au “temps pour soi”, les mamans prennent la parole, partagent, normalisent leur besoin de se recentrer. Cette nouvelle tendance raconte une réalité profonde : pour prendre soin des autres, il faut aussi apprendre à se choisir.
Prendre du temps pour soi n’est plus un caprice — c’est un équilibre, une force, une nouvelle façon de vivre la maternité, plus libre, plus consciente, plus alignée.

Et ces 7 mamans françaises l’ont bien compris. 12 jours rien que pour elles, à l’autre bout du monde pour simplement surfer, entre copines. 12 jours au Mexique, où le temps s’est arrêté dans une eau à 30 degrés, sur une vague sans fin, où tortues et raies les ont salué quotidiennement.

Rencontre avec Julie, co-patronne de la marque de surf française Chipiron Surfboards, l’une de ces drôles de daronnes.
Pourquoi avez-vous organisé ce surf trip?
Nous sommes toutes presque sorties de la période des enfants en bas âge. Nous avons, à nous 7, 16 enfants âgés entre 6 mois et 19 ans. Nous avons la chance d’avoir un entourage présent, qui nous a permis de prendre cette liberté. Cela faisait plusieurs mois que nous voulions partir surfer en maillot à l’autre du monde. A l’occasion des 40 ans de l’une d’entre nous, ça a été le déclic.
Nous avons toutes des vies bien remplies entre vie de famille, vie professionnelle. Nous sommes toutes entrepreneures et toutes passionnées de surf. Nous sommes certaines que ces moments pour soi sont essentiels dans nos vies à 100 à l’heure. Loin de revendiquer une charge mentale particulière, on sait que les premières années d’une vie de famille est intense, et qu’il est important de savoir s’écouter et de prendre ce temps si particulier.






Quel était le but de ce voyage?
Surfer, manger, dormir. Et répéter!
Depuis 10 ans, on voit une vraie évolution de l’image du surf féminin. Et comme l’évolution de ce sport, nous aussi on évolue (pour ne pas dire vieillir). Nous avons toutes commencé le surf sur le tard et grâce à ce groupe de copines, nous avons progressé, nous nous sommes dépassées. Le soutien et la bienveillance sont au coeur de cette amitié si particulière. Loin des clichés relayés par les médias, nous avions envie de montrer que passer 40 ans, on peut encore et toujours assurer. Dans les médias, le surf est essentiellement représenté par des jeunes femmes. On voit beaucoup l’émergence de la prise de parole et de la visibilité des jeunes mamans (sportives de haut niveau ou pas) dans leur pratique. Mais finalement on voit peu de quarantenaires « amatrices » pour qui le surf est un échappatoire salvateur.
On a pu suivre vos aventures via les réseaux sociaux. Quels ont été les retours de la part des gens en général?
Nous avons été étonnées de voir la surprise et l’envie qu’a pu susciter ce voyage auprès de nos entourages plus ou moins proches. On a entendu les phrases telles que « comment vont faire les papas? Vous envoyez les belles mères? Vos enfants vont vous manquer, non? » Mais aussi beaucoup de mots adorables « Génial! Quelle chance! J’adorerais faire ça! » Cela nous a fait sourire et nous a permis de réaliser la chance que nous avions de pouvoir se le permettre et de se donner le droit de vivre cette expérience.
Sur place, l’accueil était touchant, que ce soit de la part des jeunes femmes comme des hommes. Ça serait prétentieux de dire que nous avons montré l’exemple, mais si cela a pu inspirer ne serait-ce qu’une personne, ça serait top. La vie passe tellement vite, et plus on vieillit, plus on s’en rend. Alors autant en profiter!


Qu’auraient pu être les freins d’une telle aventure?
Nous avons toutes la chance de voyager en famille, mais toutes de manière très différente: 100% organisé ou 100% à barouder, en Europe ou à l’autre bout du monde, pour le surf ou pas du tout. Cela aurait pu être un frein quant à l’organisation et aux envies de chacune. Mais c’est certainement l’avantage de l’âge ;), savoir faire des concessions, savoir faire confiance aux autres et ne pas se reposer sur les autres.
Pour ma part, lorsque je voyage avec mari et enfants, il est vrai que monsieur prend souvent le lead. Cette fois, c’était à nous de trouver des solutions pour aller découvrir d’autres vagues, pour sortir de notre zone de confort. Et je trouve qu’on s’en est plutôt pas trop mal sorties.


Quels conseils donnerais-tu à celles qui n’osent pas?
Aucun :) Chaque femme a sa propre histoire. Simplement, faites vous confiance. A 40 ans, une femme n’est pas au crépuscule de sa vie, elle est à son lever de soleil.
Pour ma part, j’ai la chance d’avoir un compagnon et des enfants qui sont heureux de me voir prendre du temps pour moi. J’ai aussi la chance d’avoir rencontré ces drôles de dames avec qui partager plus qu’une passion.

Où aimeriez-vous aller pour votre prochain surf trip?
Nous aimons particulièrement le Maroc, et plus précisément Imsouane (où nous avons organisé plusieurs retraites 100% femmes, avec l’association Bande de Surfeuses) ou encore Dakhla. Ce sont des spots avec une vibe particulière.
Nous avons aussi commencé à regarder d’autres pays, notamment Pipa au Brésil, ou l’Indonésie (Java, les Mentawais)… Il y a tellement de choix. Nous regardons aussi des aventures plus extrêmes comme la Scandinavie ou l’Islande mais nous ne sommes pas toutes convaincues. Il est vrai que l’attrait du surf en maillot est plus fort.
A quand le prochain?
credit photo action: Heiko Bothe